Qui suis-je ?

Je suis venue tard au jazz. C’est peut être même lui qui est venu à moi. A un moment où plus rien ne me touchait vraiment dans la musique devenue à mon sens, pure production commerciale dénuée de véritable émotion. J’avais besoin de renouveau, de trouver celle qui aurait un écho en moi. Un exutoire, un moyen de pleurer, rire, me souvenir, aller de l’avant, rêver, m’énerver…. Le jazz a en lui une telle richesse de part son histoire, son évolution permanente, le nombre de ses courants et de musiciens tous plus talentueux les uns que les autres, qu’il permet de vivre des dizaines d’émotions différentes, parfois en un seul et même morceau.

J’ai le sentiment d’être venue tard au jazz car dès l’instant où j’ai découvert cette musique et ce qu’elle était capable de me procurer, j’ai ressenti le désir insatiable d’en découvrir toujours plus. Comme si j’avais déjà pris trop de retard pour réussir à tout connaître et écouter. Pourtant si j’en crois les dires de certains interlocuteurs qui me disent « le jazz ?! Mais c’est pour les vieux » je suis finalement venue bien tôt au jazz…

J’ai eu la chance de découvrir ce courant musical presque par hasard, par curiosité d’abord puis par les rencontres de la vie qui m’ont amenée à rencontrer de brillants musiciens et m’ont chaque jour donné envie de m’y attacher un peu plus.

Je pense à Peter Cincotti, aujourd’hui plus connu du grand public comme artiste pop. Pianiste et chanteur américain, il a démarré sa carrière en reprenant des standards de jazz, ballades pianistiques qui ont commencé à susciter ma curiosité. Un « St louis blues », (album On the moon) qui démarre au son d’une contrebasse enjouée sur laquelle viennent se greffer, piano, batterie et saxo, comme des dialogues d’une vivacité redoutable, auxquels on voudrait prendre part coûte que coûte. J’avais réalisé que le jazz était une musique du partage, une poésie de notes plus forte que n’importe quel mot.

J’ai ensuite eu la chance de côtoyer de brillants jazzmen tels que Pierre Bertrand, Edouard Ferlet et le trio Jean Philippe Viret qui m’ont fasciné par leur talent, leur culture et leur passion insatiable pour leur métier. Leur capacité d’évolution permanente, de création infinie.

Stendhal disait «  La bonne musique ne se trompe pas, elle va droit au fond de l’âme chercher le chagrin qui nous dévore » . Lorsque j’écoute un album ou un concert que j’aime, je peux avoir mal au ventre de déchirure ou de plaisir, tant cette musique fait appel à des choses enfouies au plus profond de moi. Le jazz est la musique du renouveau permanent. Alors dans un morceau qui semble  initialement triste, je trouve toujours quelque chose de positif. Finalement dans les morceaux de jazz surtout en live, il y a très souvent une intro qui appelle à une certaine mélancolie, puis après quelques minutes, une « envolée lyrique » au milieu du morceau, entre improvisations et battle de musiciens, comme le moment d’expulser toute cette émotion négative pour enfin aller de l’avant et conclure sur une note positive.

Chacun devrait avoir la chance de découvrir le jazz, au moins pour s’en faire une vraie idée avant de décider s’il aime ou non. Il y a une véritable jeune génération montante du jazz qui prouve qu’il est loin d’être mort et d’être une musique de vieux. Finalement on nous ressasse souvent les même standards éculés mille fois, qui du reste sont remarquables mais ne donnent pas envie à la nouvelle génération bombardée de nouveautés pop et électro chaque jour. Mais qu’en est-il des médias, qui parlent perpétuellement des mêmes Lady Gaga ou autres Justin Bieber sans se préoccuper des artistes de jazz jugés pas assez populaires. Il ne tient  qu’à eux de les rendre plus populaires ! Mêmes certains artistes aujourd’hui internationalement reconnus par le milieu tels Brad Mehldau ou Avishai Cohen, ne sont pas connus auprès du « grand public ». De quel droit les médias plus généralisés peuvent ils empêcher ce public d’avoir accès à la connaissance de ces artistes sous prétexte d’un préjugé qui persiste encore, à savoir que le jazz est has been et non commercial ! La mode est pourtant au vintage, alors place au Jazz, une platine et des vieux vynils de Coltrane chez soi, c’est pourtant hype, et la rue des Lombards est bien the place to be à Paris !

Mathilde Mabille

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Comments
One Response to “Qui suis-je ?”
  1. Jean Sol dit :

    La musique se mérite : tant pis pour ceux qui n’écoutent que ce que les médias veulent bien leurs vendre et tant mieux pour les autres.

    Par ailleurs, belle entrée en matière qui donne envie de se replonger dans sa bibliothèque musicale et s’enfermer, casque sur la tête, pour passer l’hiver au chaud.

    Bonne chance pour ce nouveau projet.

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